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Guide4 avril 2026

La musique gnaoua à Marrakech : guide pour comprendre et écouter

Qu'est-ce que la musique gnaoua, d'où vient-elle, et où l'écouter à Marrakech ? Des cérémonies de lila aux musiciens de Jemaa el-Fna, un guide honnête sur cette tradition spirituelle africaine.

Ce n'est pas du blues marocain

La première chose à comprendre sur la musique gnaoua, c'est que ce n'est pas ce que les magazines de voyage vous racontent. Les journalistes occidentaux la décrivent souvent comme du "blues africain" ou du "jazz marocain", probablement parce qu'ils ne savent pas comment en parler autrement. Ces étiquettes sont commodes, mais elles passent à côté de l'essentiel.

La musique gnaoua est une pratique spirituelle. Avant d'être de la musique, c'est un rituel. Les rythmes, les chants, les instruments, tout est conçu pour provoquer un état de transe. Les gnaoua ne jouent pas pour divertir un public. Ils jouent pour communiquer avec le monde des esprits. Le fait que cette musique soit aussi extraordinairement belle est presque un effet secondaire.

Si vous venez à Marrakech et que vous entendez des gnaoua sans comprendre ce contexte, vous passerez un bon moment. Mais si vous prenez le temps de comprendre ce qui se passe réellement, l'expérience sera tout autre chose.

L'histoire : d'où vient la gnaoua

Les gnaoua sont les descendants d'esclaves d'Afrique subsaharienne amenés au Maroc entre le XVIe et le XIXe siècle, principalement du Mali, du Sénégal, du Ghana et de Guinée. Le mot "gnaoua" viendrait de "Guinée" ou du terme berbère "agnaw" (muet, étranger), selon les sources. Le débat étymologique continue.

Ces populations réduites en esclavage ont apporté avec elles leurs traditions spirituelles animistes. Au fil des siècles, ces pratiques se sont mélangées avec le soufisme (le courant mystique de l'islam) et les croyances locales berbères. Le résultat est un syncrétisme unique qui n'existe nulle part ailleurs sous cette forme. Les gnaoua invoquent des esprits (les mluk), utilisent des couleurs rituelles associées à différentes entités, et pratiquent la guérison par la musique et la transe. Tout cela dans un cadre qui reste formellement musulman.

C'est une histoire de survie culturelle. Des gens arrachés à leur terre ont trouvé un moyen de préserver leur spiritualité en l'adaptant au contexte religieux du pays qui les avait asservis. Cette adaptation n'était pas un choix philosophique. C'était une nécessité de survie.

Les instruments : le son gnaoua

Le guembri

Le guembri (aussi écrit gembri ou hajhouj) est l'instrument central de la musique gnaoua. C'est un luth-basse à trois cordes, avec un corps rectangulaire recouvert de peau de dromadaire. Le son est profond, terreux, hypnotique. Les cordes sont en boyau de chèvre. Le manche est brut, sans frettes. Chaque maâlem fabrique ou fait fabriquer son propre guembri, et l'instrument est considéré comme sacré. On ne le pose pas par terre n'importe comment. On ne le prête pas.

Le son du guembri ne ressemble à rien d'autre. Ce n'est ni une guitare basse, ni un oud, ni un banjo. C'est quelque chose de complètement à part. Les basses sont lourdes, presque physiques. Quand un bon maâlem joue du guembri dans une pièce fermée, vous sentez les vibrations dans votre poitrine avant de les entendre avec vos oreilles.

Les qraqeb

Les qraqeb (aussi appelés krakebs) sont des castagnettes en métal, en fer forgé traditionnellement. Chaque musicien en tient une paire dans chaque main, quatre en tout. Le son est métallique, répétitif, presque industriel. Le rythme des qraqeb est la colonne vertébrale de la musique gnaoua. Il est simple en apparence, mais la précision requise pour maintenir ce claquement pendant des heures est considérable. Les joueurs de qraqeb (les kouyous) forment le chœur qui accompagne le maâlem.

Le son des qraqeb a quelque chose de primitif et d'immédiat. C'est un battement continu qui finit par altérer votre perception du temps. Au bout de vingt minutes, vous ne savez plus si ça fait cinq minutes ou une heure. C'est exactement le but.

Le tbel

Le tbel est un grand tambour cylindrique frappé avec un bâton courbe et la main. Il n'est pas utilisé dans toutes les formations gnaoua, mais quand il est là, il ajoute une dimension percussive massive. Le tbel est surtout présent dans les processions de rue et les cérémonies en extérieur.

Le maâlem : le maître

Le maâlem (pluriel : maâlmine) est le maître musicien gnaoua. Ce n'est pas juste un musicien talentueux. C'est un initié qui a suivi un long apprentissage auprès d'un autre maâlem, souvent pendant des années. L'apprentissage est oral, il n'y a pas de partitions. Le jeune apprenti porte les instruments, prépare le thé, observe, et ne touche le guembri que lorsque son maître estime qu'il est prêt.

Le statut de maâlem est à la fois musical et spirituel. Le maâlem connaît les répertoires de chaque esprit, il sait quels chants provoqueront quelles réactions chez les participants de la lila. Il est à la fois musicien, maître de cérémonie, et guérisseur.

À Marrakech, plusieurs maâlmine sont connus et respectés. Maâlem Hamid El Kasri, bien que basé à Casablanca, joue régulièrement à Marrakech et est considéré comme l'un des plus grands vivants. Maâlem Hassan Boussou a longtemps été une figure centrale de la scène marrakchie. La nouvelle génération existe aussi, des musiciens qui respectent la tradition tout en la faisant évoluer.

La lila : la cérémonie nocturne

La lila (littéralement "nuit") est le cœur de la pratique gnaoua. C'est une cérémonie qui dure toute la nuit, généralement de 21 heures jusqu'à l'aube. Ce n'est pas un concert. La différence est fondamentale.

Une lila est organisée pour une raison précise : guérir une maladie, résoudre un problème, honorer un esprit, célébrer un événement. La famille ou la personne qui demande la lila (la moqaddma, souvent une femme) invite le maâlem et ses musiciens. Les participants sont des membres de la communauté, pas des spectateurs.

La cérémonie suit un ordre précis. Elle commence par l'aâda, une procession dans les rues avec des chants et des qraqeb. Puis vient le moment intérieur, dans une maison ou un riad. Le maâlem joue du guembri et chante les différents répertoires, chacun associé à une couleur et à un esprit particulier. Les participants peuvent entrer en transe. Des femmes surtout, mais pas uniquement. L'encens brûle. On distribue du lait, des dattes, de l'eau de rose. L'atmosphère est intense, chargée, pas du tout "folklorique".

Les transes ne sont pas simulées. Ce ne sont pas des performances. Des gens pleurent, tremblent, s'effondrent. Le maâlem et les assistants veillent à la sécurité de chacun. C'est un moment de catharsis collective qui peut être déstabilisant pour un observateur extérieur non préparé.

Peut-on assister à une lila ?

Oui, mais avec des conditions. Les lilas authentiques ne sont pas ouvertes au public. On y assiste sur invitation. Si vous connaissez des Marrakchis, demandez. Si votre riad a des connections avec la communauté gnaoua locale, il pourra peut-être arranger quelque chose. Mais ne débarquez pas en pensant que c'est un spectacle. Respectez le lieu, les participants, et le rituel.

Quelques règles si vous êtes invité : ne prenez pas de photos sans permission. Ne filmez pas les personnes en transe. Asseyez-vous discrètement, ne vous levez pas au milieu de la cérémonie. Contribuez financièrement (500 MAD minimum est approprié, souvent plus). Et restez. Ne partez pas au bout d'une heure parce que vous avez sommeil. Si vous n'êtes pas prêt à rester une bonne partie de la nuit, n'y allez pas.

Où écouter de la gnaoua à Marrakech

Place Jemaa el-Fna

Le point de départ évident. Chaque soir après 20 heures, des groupes de musiciens gnaoua s'installent sur la place et jouent. C'est gratuit. Approchez-vous du cercle, asseyez-vous. On vous demandera une contribution en fin de performance (10-20 MAD par personne est correct, ne donnez pas 2 MAD, c'est insultant).

La qualité varie. Certains groupes sont excellents, d'autres jouent un répertoire simplifié pour les touristes. Comment faire la différence ? Regardez le public. Si le cercle est composé principalement de Marocains qui hochent la tête et tapent du pied, c'est bon signe. Si ce sont uniquement des touristes avec des téléphones, passez au groupe suivant. Autre indicateur : un bon groupe gnaoua sur Jemaa el-Fna joue avec intensité même quand il n'y a que cinq personnes autour d'eux. Les mauvais groupes ajustent leur énergie au nombre de spectateurs.

Café Clock

Dans le quartier de la kasbah, rue Derb Chtouka, le Café Clock est probablement le lieu le plus accessible pour écouter de la gnaoua dans un cadre un peu plus structuré. Ils organisent des soirées gnaoua régulières, souvent le mercredi ou le jeudi soir. L'entrée est généralement gratuite, vous payez vos consommations. L'endroit est agréable, sur plusieurs niveaux, avec une terrasse. C'est un bon compromis entre l'expérience brute de Jemaa el-Fna et la cérémonie privée. Les musiciens qui jouent au Café Clock sont généralement compétents et parfois très bons.

Le Café Clock a aussi le mérite de proposer des explications et du contexte autour de la musique. C'est un bon premier contact si vous ne connaissez rien à la gnaoua.

Maison de la Photographie

Ce musée situé dans la Médina, rue Ahl Fes, organise parfois des événements musicaux sur sa terrasse. La vue est superbe. Quand ils programment de la gnaoua, l'expérience est mémorable. Consultez leur agenda.

Soirées privées dans les riads

Comme je l'ai mentionné pour la lila, certains riads organisent des soirées gnaoua privées sur demande. Ce ne sont pas des lilas au sens rituel, plutôt des concerts privés avec un maâlem et ses musiciens. Le cadre intime d'un riad, avec le patio, la fontaine, les bougies, rend l'expérience acoustiquement et esthétiquement unique. Demandez à votre riad. Comptez 500-1500 MAD par personne selon le nombre de participants et les musiciens.

Le Festival Gnaoua d'Essaouira

Le plus grand événement gnaoua du monde ne se tient pas à Marrakech mais à Essaouira, à trois heures de route sur la côte atlantique. Le Festival Gnaoua et Musiques du Monde a lieu chaque année en juin. Pendant quatre jours, la ville entière se transforme. Des maâlmine du Maroc entier et des musiciens internationaux jouent sur plusieurs scènes. Le festival principal sur la place Moulay Hassan est gratuit.

Depuis Marrakech, vous pouvez facilement faire l'aller-retour en une journée. Des bus partent de la gare routière de Bab Doukkala (environ 80 MAD l'aller), et le trajet dure entre 2h30 et 3 heures. Mais honnêtement, si vous y allez, restez au moins une nuit. Les meilleures sessions ont lieu tard le soir, et Essaouira elle-même mérite du temps.

Le festival a beaucoup changé depuis ses débuts en 1998. Il est devenu plus commercial, avec des sponsors partout et des artistes internationaux qui n'ont rien à voir avec la gnaoua. Les puristes se plaignent, pas sans raison. Mais les concerts de gnaoua authentique restent le cœur de l'événement, et ils sont toujours extraordinaires. Cherchez les scènes secondaires et les lilas organisées dans les maisons de la médina d'Essaouira. C'est là que la vraie magie opère, loin des grandes scènes.

Comment distinguer l'authentique du spectacle touristique

C'est la question que tout le monde se pose, et il n'y a pas de réponse simple. La frontière entre tradition et commerce est floue, et elle l'a toujours été. Les gnaoua ont toujours été rémunérés pour leurs services, ce n'est pas nouveau.

Cela dit, certains indices vous aident à repérer les performances les plus authentiques :

Le guembri est présent. Pas de guembri, pas de vraie gnaoua. Si vous entendez uniquement des percussions et des chants sans le son grave et profond du guembri, c'est une version allégée pour touristes.

Les musiciens sont concentrés. Un vrai maâlem ne regarde pas le public en souriant. Il est absorbé par ce qu'il fait. Son corps bouge avec la musique, ses yeux sont souvent mi-clos. Il ne fait pas de numéro.

Le répertoire est varié. La gnaoua authentique passe par différentes phases, différentes couleurs, différents rythmes. Si le groupe joue le même rythme pendant trente minutes, c'est simpliste.

L'énergie monte progressivement. Une bonne performance gnaoua construit son intensité lentement. Elle commence doucement et devient de plus en plus puissante. Si l'énergie est au maximum dès le début, c'est du spectacle.

Respecter la dimension spirituelle

Je veux terminer sur quelque chose d'important. La musique gnaoua n'est pas un produit de consommation. Elle est liée à des croyances, des souffrances historiques, et une communauté qui a longtemps été marginalisée au sein de la société marocaine. Les gnaoua ont fait l'objet de discrimination en raison de leurs origines subsahariennes et de leurs pratiques considérées comme hétérodoxes par l'islam orthodoxe.

Le fait que cette musique soit aujourd'hui célébrée et touristique est une bonne chose pour la visibilité et la survie économique des musiciens. Mais cela crée aussi un paradoxe. Des cérémonies sacrées deviennent des attractions. Des maâlmine respectés jouent dans des restaurants pour des touristes qui parlent pendant la musique.

Vous ne pouvez pas changer cette dynamique à vous seul. Mais vous pouvez être un auditeur respectueux. Écoutez vraiment. Ne prenez pas votre téléphone toutes les trente secondes. Ne parlez pas pendant que le maâlem joue. Et si quelqu'un autour de vous entre en transe, ne les filmez pas. C'est un moment intime, pas un contenu pour vos réseaux sociaux.

La gnaoua est l'une des traditions musicales les plus fascinantes que j'ai jamais rencontrées. Elle mérite mieux que des photos sur Instagram avec un hashtag exotique. Elle mérite d'être écoutée avec attention, comprise avec humilité, et soutenue avec générosité.

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Publié le 4 avril 2026

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