Médina
« La mémoire visuelle du Maroc»
Découverte

Dix mille images du Maroc, prises entre 1870 et 1960, rassemblees dans un riad de la medina par deux passionnes — Patrick Manac'h et Hamid Mergani — qui ont passe des annees a racheter des collections entieres de negatifs, de plaques de verre et de tirages d'epoque. Le resultat est un lieu sans equivalent au Maroc : un musee intime, emouvant, qui montre un pays disparu avec une honnetete que les mots seuls ne peuvent pas atteindre.
Les trois etages sont organises chronologiquement. Au rez-de-chaussee, les portraits de tribus amazighes du debut du siecle — des visages tatoues, des bijoux en argent, des regards qui fixent l'objectif avec une intensite troublante. Au premier, les paysages urbains : Marrakech avant le beton, Casablanca avant les tours, Fes telle que les caravanes la voyaient. Au deuxieme, les scenes de vie quotidienne — souks, fetes, travaux des champs — accompagnees de films d'archives muets qui tournent en boucle dans une salle obscure.
Ce qui frappe, c'est la qualite des tirages. Chaque photo a ete restauree et encadree avec soin. L'accrochage est sobre — pas de surcharge, pas de didactisme pesant. Les legendes sont bilingues (francais-anglais) et donnent juste assez de contexte pour comprendre sans interpreter a votre place.
Le rooftop-cafe est une recompense apres la visite. Vue degagee sur les toits de la medina et sur l'Atlas, the a la menthe, patisseries marocaines. C'est l'un des rooftops les plus paisibles de la medina — loin des terrasses bondees de la place Jemaa el-Fna.
Les Marrakchis viennent ici pour retrouver la ville de leurs grands-parents. Les photographes y viennent en pelerinage. Les visiteurs de passage en ressortent souvent silencieux, emus par la beaute fragile de ce qui n'existe plus.
La Maison de la Photographie merite sa place parce qu'elle preserve ce que personne d'autre ne preserve : la memoire visuelle d'un Maroc qui disparait.
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Mis à jour le 27 mars 2026