La ville nouvelle, entre galeries et terrasses
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Guéliz est le Marrakech qui ne figure sur aucune carte postale — et c'est pour ça qu'il est intéressant. Construit à partir de 1913 pendant le protectorat français sous la direction de l'urbaniste Henri Prost, le quartier a été conçu comme une ville européenne greffée sur une cité impériale. Le résultat, un siècle plus tard, est un quartier hybride qui ne ressemble à rien d'autre au Maroc : des boulevards haussmanniens bordés de palmiers, des immeubles art déco aux balcons en fer forgé, des places ombragées où les terrasses de café débordent sur les trottoirs. Guéliz a le rythme d'une ville méditerranéenne. On marche sur des trottoirs larges, on croise des vitrines de galeries d'art contemporain, des concept stores de créateurs marocains, des librairies indépendantes, des bars à vin discrets. L'avenue Mohammed V est l'artère principale — un axe rectiligne qui relie la médina à la gare, bordé de bâtiments coloniaux dont certains sont magnifiquement restaurés et d'autres tombent en ruine avec une élégance mélancolique. Les rues perpendiculaires cachent l'essentiel : les restaurants qui comptent, les galeries qui exposent, les boutiques qui créent. C'est ici que la scène créative marrakchie s'est installée depuis une quinzaine d'années. Les galeries — MACMA, David Bloch, Comptoir des Mines — exposent un art contemporain marocain et africain de premier plan. Les restaurants mélangent cuisine marocaine et influences internationales avec une aisance que la médina, plus conservatrice, n'a pas. Les bars à cocktails ont enfin rattrapé leur retard sur Casablanca. Les cafés littéraires et les espaces de coworking attirent une génération de trentenaires marrakchis qui n'ont aucune envie de vivre dans un riad. Guéliz est le quartier où les Marrakchis sortent le soir, brunchent le week-end, et travaillent la semaine. Les familles y vivent dans des appartements haussmanniens, les jeunes professionnels dans des studios rénovés. Le touriste n'y met les pieds que par accident — et il a tort. Ce qui rend Guéliz unique, c'est ce mélange improbable d'urbanisme colonial et de vitalité marocaine contemporaine. Ce n'est ni un quartier européen ni un quartier traditionnel — c'est un troisième espace, un Marrakech qui s'invente en temps réel. Le marché couvert de Guéliz, souvent ignoré des visiteurs, est un concentré de cette identité : olives, fromages, épices, jus d'orange frais, le tout dans une halle art déco. Allez-y le samedi matin, quand les Marrakchis y font leurs courses de la semaine.
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